Test de The Last Guardian

Poétiques, oniriques, magiques, telles sont les louanges que beaucoup de joueurs accordent sans mal à Ico et Shadow of the Colossus, deux titres sortis durant l’ère PlayStation 2 où la Team Ico et Fumito Ueda montraient qu’un jeu vidéo pouvait dépasser des frontières établies et casser des limites d’immersion convenues. Avec deux titres aussi inoubliables, mais également largement controversés selon les différents publics de joueurs, l’attente de The Last Guardian était immense, avec une promesse d’exploitation de la puissance de la PS3 pour aller encore plus loin. Puis il y a eu des reports, des temps morts inquiétants, le retrait de Fumito Ueda de la Team Ico, et enfin la renaissance de Trico et du jeune homme sur PS4 lors d’un E3 2015 qui avait fait le triplé de rêve Shenmue 3, Final Fantasy VII Remake et The Last Guardian. Après toutes ces années d’attente, le titre est-il à la hauteur ? Verdict dans notre test de The Last Guardian réalisé sur PS4 Pro via une édition Blu-ray offerte par Sony.

The Last Guardian – Une réalisation technique PS3 Pro ?

L’une des craintes qui rôdait après la seconde annonce du titre de la Team Ico était bien liée à sa réalisation technique. Imaginé sur PS3, The Last Guardian réussit-il à exploiter correctement une machine de génération postérieure ? La réponse est oui. Certes, le jeu possède un aliasing assez prononcé dans quelques environnements, mais d’une manière générale, les graphismes impressionnent par leur gigantisme, des textures d’une netteté chirurgicale et des animations en tout genre qui forcent le respect. A mi-chemin entre photo-réalisme et tableaux pastels, The Last Guardian réussit à nous faire oublier qu’il devait sortir sur PS3, et se paye même le luxe de proposer, au jour de sa sortie, un patch PS4 Pro qui le flatte en upscaling 4K. Mais ce qui éblouit encore et toujours avec les productions de la Team Ico et de Fumito Ueda est bel et bien sa direction artistique, qui donne à The Last Guardian des airs d’oeuvre d’art.

Si vous connaissez Ico et Shadow of the Colossus, The Last Guardian vous rappelera forcément les deux premiers jeux du studio, avec des environnements tantôt naturels (la végétation est très belle, bien qu’aliasée, et presque toujours accompagnée de papillons aux couleurs chaudes et brillantes), tantôt rocailleux. Vous passerez en effet la plupart du titre dans des ruines d’anciens temples, et vous ne pourrez qu’apprécier la cohérence entre le scénario et les décors du jeu. Parler de scénario pour un jeu comme The Last Guardian est toutefois aussi complexe que pour les jeux précédents de la Team Ico, pour la simple et bonne raison que l’histoire se vit plutôt qu’elle ne se raconte. Vous débuterez donc l’aventure aux côtés de Trico, bestiole immense ressemblant à un mélange de chien, lion et pigeon géant, avec qui vous serez obligé d’interagir pour progresser. 

La cohérence de cette relation particulière entre le jeune garçon que vous contrôlerez et Trico est millimétrée, formant un trio de choc univers / gameplay / level design rarement atteint dans un jeu vidéo. L’immersion est également très forte de par une bande son pensée pour accompagner ce voyage. De nombreux moments calmes vous attendent, mais les compositions transportent autant les oreilles que les yeux, et le dialecte inventé par la Team Ico pour les interactions entre les deux héros renforce encore ce sentiment d’évasion. Avant de vous en dire un peu plus sur le gameplay et le game design de The Last Guardian, sachez toutefois que le même constat s’impose pour cette production : si vous n’accrochez pas aux jeux du studio, vous n’aimerez pas non plus celui-là qui est davantage pensé comme un bouquet final réunissant le meilleur de la Team Ico qu’une tentative de plaire largement. Très poétique, The Last Guardian se savoure visuellement, s’apprivoise sur la longueur autant que Trico, et n’est pas fait pour ceux qui attendent un « fast gameplay » qui claque dans tous les sens.

La leçon de Game Design de la Team Ico

Attention toutefois à ne pas vous méprendre, car si The Last Guardian est un jeu incroyablement posé et mélancolique, il n’est pas un jeu contemplatif où le joueur est laissé de côté. Loin de là ! Assez rapidement dans l’aventure, vous allez devoir interagir avec Trico pour progresser. De là s’installe une véritable complicité entre le garçon et la créature (nous ne dévoilerons pas d’anecdote dans ce test pour ne pas vous spoiler), et une coopération intelligente qui vous fera jouer avec la taille et les aptitudes physiques de Trico. Bestiole géante, Trico ne peut en effet pas se faufiller partout, au contraire du garçon qui, lui, souffre logiquement d’allonge et de puissance pour effectuer des actions un peu plus musclées. Si vous ne contrôlerez jamais directement Trico, vous pourrez lui donner des ordres et l’orienter où vous voulez, donnant alors naissance à un gameplay qui a du volume, et de nombreuses possibilités ludiques.

Si de nombreux jeux vidéo se contentent de balancer des niveaux génériques pour que le gameplay s’exprime, le game design des 3/4 de The Last Guardian est une véritable démonstration de talent. Chaque décors a en effet été imaginé pour que le duo s’exprime et profite des forces de chacun. Cela donne au final une exploration intelligente où vous devrez accorder une grande importance à quelque chose qui disparait dans l’industrie vidéoludique : vos yeux. Si vous n’observez pas les décors et l’architecture des niveaux avec attention, vous n’y arriverez pas, et resterez bloqué des minutes au même endroit. La complicité entre Trico et le garçon s’exprime donc également dans le gameplay, puisque vous devrez toujours trouver une solution pour ne pas être séparé trop longtemps. Une séparation doit donner lieu à des retrouvailles rapides, et surtout, elle doit ouvrir la porte à d’autres chemins où il faudra recommencer ce jeu d’orientation en binome.

Pour pimenter le tout, les développeurs ont fait revenir un mécanisme que l’on trouvait dans Ico, la possibilité d’être kidnappé par des soldats qui peuvent malgré tout être tué par Trico. Là encore, les possibilités sont grandes et la Team Ico joue avec justesse de tout cela en créant des alternatives d’action interressantes et intelligente pour corser un peu l’avancée du duo. Ouvertures de porte forcée, leviers à activer, éléments à pousser, nombre de choses vous barreront souvent la route. Aussi, The Last Guardian est une véritable épopée, une quête initiatique qui se ressent par ailleurs également dans la difficulté du jeu à certains moments clés, jouant alors avec votre patience, votre sens de la protection de Trico et divers phénomènes qui ne sont malheureusement pas tous souhaités par les développeurs. Et oui, malgré tout ce temps pour naitre, The Last Guardian possède encore bien des problèmes qui sauteront aux yeux des joueurs les moins investis dans son univers…

Les lourdeurs familiales de retour

N’importe qui ayant joué à Shadow of the Colossus et à Ico vous le dira : les jeux de la Team Ico sont généralement assez spéciaux côté prise en main. C’est donc sans surprise qu’on retrouve cela dans The Last Guardian, avec un garçon qui a tendance à ne pas toujours répondre au doigt et à l’oeil. A pied, il vous arrivera en effet souvent de manquer votre accroche à une paroi, ou de tout simplement sauter dans le vide alors que tout était bon côté manette. En parlant de la DualShock 4, sachez également qu’en ayant optée pour plusieurs actions avec un même bouton en fonction des situations, la Team Ico facilite aussi l’embrouillage cérébral et virtuel, pour des situations qui sont parfois agaçantes à jouer. Tout comme dans Shadow of the Colossus, The Last Guardian vous fera passer une large partie du jeu sur le dos de Trico. Il arrivera donc souvent que vous manquiez de l’attraper, sautiez alors que vous ne le souhaitiez pas et autres accidents de parcours.

On citera également une caméra qui a tendance à faire un peu trop souvent n’importe quoi. Les environnements de The Last Guardian forcent en effet le garçon et Trico à se faufiler dans des ouvertures très étroites, ce qui a pour conséquence de faire péter un câble à la gestion de la caméra qui ne sait plus où donner de la tête. Il nous est arrivé par exemple de devoir sauter à l’aveuglette une fois, puisque la caméra était bloquée, tout en refusant d’obéïr au stick droit. Mais le défaut le plus lourd du titre sera détaillé ci-dessous, tandis qu’il dévoile clairement pourquoi le projet de Fumito Ueda a mis autant de temps à sortir dans le commerce…

Quand les reports de The Last Guardian deviennent limpides

En ayant terminé le jeu, on peut maintenant accuser Trico d’être le grand responsable des années perdues de The Last Guardian. C’est une évidence plus qu’une supposition, puisque c’est véritablement la créature du jeu qui décidera de votre avancée dans l’aventure. Comprenez par là, son IA. Quand une intelligence artificielle n’est pas bonne dans un jeu classique, cela n’est généralement pas un drame, puisque le joueur peut toujours continuer à avancer. Mais dans un jeu comme The Last Guardian où l’IA de Trico sera responsable du déclenchement des scripts, la moindre hésitation et la moindre faille saute à la tronche des joueurs avec des conséquences plus ou moins graves sur le plaisir de jeu.

Perché sur votre colosse, vous devrez en effet regarder souvent dans la bonne direction pour que Trico vous propulse dans une autre partie du décors. Si cela ne pose pas de problème dans la majorité des cas, la bestiole répondant plutôt bien à vos ordres, nous nous sommes retrouvés plus d’une fois bloqués assez longtemps (entre 30 minutes et 1 heure, quand même…) à cause de l’IA qui refusait de faire bouger Trico dans la bonne direction, voire même de bouger tout court. Les environnements étant quasi toujours très étroits, la caméra s’en mêle parfois avec, Trico fait demi-tour, et on se retrouve à ne plus trop savoir quoi faire parce que le script de la créature ne s’est pas enclenché. Avec du recul, on voit forcément comme le nez au milieu de la figure que ce système de progression basée sur une IA qui décoince des scripts a du être un cauchemar de programmation. Sur ce point, The Last Guardian est très couillu, y parvient la majorité du temps, mais possède encore quelques failles difficilement « patchables » à la volée.

The Last Guardian – Un jeu pour les rêveurs et rêveuses

Mais malgré ces défauts qui auraient pu totalement ruiner le fun de The Last Guardian, on ne peut qu’aimer sa différence. Une nouvelle fois, la Team Ico nous sert un jeu vidéo hors normes, capable de vous faire passer par toutes les émotions durant cette quête démesurée, en vous envoyant des étoiles dans les yeux devant des décors immense où le vertige des hauteurs n’a jamais été aussi palpable. La relation grandissante entre le joueur et Trico est délicieuse, et les phases de gameplay tantôt énigmes, tantôt plateformes se dégustent de bout en bout. En parlant de durée de vie, sachez d’ailleurs qu’il vous faudra environ 15 heures pour boucler l’aventure une première fois, et jusqu’à 3 fois moins de temps pour un second run où le cheminement aura beaucoup moins de secrets pour vous. Au final, The Last Guardian est une pépite qui nous prouve qu’une concordance entre graphismes, level design, sound design et gameplay peut encore exister en surprenant le joueur, malgré le chemin de croix d’un développement qui aurait très bien pu s’arrêter sur PS3 en catastrophe.

Poétique, The Last Guardian s’inscrit en tout cas comme l’oeuvre la plus réussie de la Team Ico, mais surtout comme la plus ambitieuse. Le titre ne ressemble à aucune autre production, et nous vous conseillons chaudement de vivre la même aventure haute en émotion que nous avons vécue avec un garçon et une créature géante capables de vous marquer une vie de joueur comme jamais. Un signe qui fait de lui un indispensable des amoureux de beaux jeux vidéo, envers qui il faudra toutefois une once de tolérance pour accepter quelques bugs et errances de son IA, si importante dans ce titre. C’est d’ailleurs cette errance d’IA et quelques accrocs qui font manquer à The Last Guardian la note maximale de Playerone.tv dans notre rubrique test. Dommage ? Oui. Pardonnable ? Largement !

Verdict : 18 / 20

  • Sadako

    Journaliste gaming et high-tech depuis 2009, je suis "Vanlifer" depuis 2021, dans mon camping-car équipé pour travailler sur les routes tout comme pour profiter de bons moments de détente !

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