[Edito] Les joueurs de jeux vidéo ne savent pas assez dire non !

Depuis la naissance de Playerone.tv en 2009, l’industrie des jeux vidéo est en perpétuel mouvement, changement, réimagination. Mais si des productions toujours plus originales et ambitieuses se déploient, je souhaitais aborder dans ce nouvel édito l’aspect « vache à lait » des joueurs et joueuses de jeux vidéo. Les gamers savent-ils vraiment dire non, et pénaliser les pratiques douteuses des constructeurs et éditeurs de jeux vidéo ?

1. Les abonnements payants pour jouer en ligne

Le cas Xbox Live

Lorsque la toute première Xbox est sortie un peu partout dans le monde, elle a apporté une belle révolution effleurée du doigt par la SEGA Dreamcast : la possibilité de jouer en ligne sur console. Pour propulser cette révolution sur console à grande échelle, Microsoft a donc créé le Xbox Live Gold, permettant des fonctionnalités indisponible chez la concurrence. Le fait de payer pour jouer en ligne sur Xbox fait donc partie de l’ADN de la machine depuis toujours.

Le cas PlayStation Network

Pendant que la Xbox permettait simplement de jouer en ligne, la PS2 n’en était qu’à la préhistoire du multijoueur en ligne. Avant la sortie de la PS2 Slim, il fallait en effet acheter un acessoire à brancher derrière la console, un modem, pour pouvoir rejoindre d’autres joueurs en ligne. Jusqu’à la fin de vie de la PS3, le PlayStation Network a toujours été utilisable gratuitement, puis est né le service PlayStation Plus / PS Plus.

Pourquoi les joueurs n’ont-ils pas refusé l’abonnement en bloc lorsque Sony annonçait en 2013 que le PS Plus serait obligatoire pour jouer en ligne sur PS3, alors que le constructeur propose quasi exactement la même chose qu’avant ? A l’époque, nous n’avons pas beaucoup entendu les joueurs râler contre cette décision qui alourdi pourtant la facture d’environ 60€ par an pour pouvoir jouer en ligne sur PS4.

Le cas Nintendo Network

Sur les consoles de Nintendo, le online a commencé à être pas mal présent depuis la sortie de la Wii. Tout comme Sony, Nintendo a « imité » le Xbox Live Gold de Microsoft en rendant le Nintendo Network obligatoire pour jouer en ligne sur Nintendo Switch. Moins cher que ses concurrents, le service est toutefois assez limité (sans chat vocal sur la console, ni messagerie, ni sauvegarde sur un cloud), et nous n’avons pas non plus vu les joueurs tenter de résister à cette offre.

Verdict : Les joueurs payent le online sans sourciller

J’ai trouvé les joueurs bien trop dociles envers Sony et Nintendo ces dernières années concernant la mise en place d’un abonnement obligatoire pour faire des choses que l’on pouvait faire gratuitement auparavant. Un aveuglement par le marketing de Sony et Nintendo qui ont charmé avec des jeux « gratuits » tous les mois pour leurs abonnés ? J’ai vu des pétitions se faire pour moins « grave » que ça en 10 ans ! Un bad-buzz aurait pourtant fait plier Sony et Nintendo en très peu de temps…

La carotte des jeux gratuits fonctionne bien pour faire « passer la pilule » !

2. Les modèles économiques abusifs

Ces Early Access maquillées de la honte

Qui n’a jamais gaspillé entre 50 et 70€ pour un jeu finalement digne d’une Early Access ? Anthem est le premier à nous venir en tête, mais les exemples ne manquent pas. On pensera également à Sea of Thieves qui se payait le luxe de sortir dans le même état que la bêta, sans contenu ou presque, et avec un game design quasi inexistant. Sur ce point, il est très difficile de blâmer les joueurs, pour la simple et bonne raison que la mauvaise surprise arrive généralement après l’achat d’un tel jeu.

Je n’ai en revanche pas du tout le souvenir d’avoir testé des jeux aussi vides de contenu durant l’ère PS3 et Xbox 360, même si les DLC étaient une véritable mode à l’époque. Petit souvenir d’un DLC de Resident Evil 5 qui était d’ailleurs déjà sur le Blu-ray du jeu, mais qu’il fallait débloquer en « achetant un code » de déverrouillage ! Cela avait créé un gros bad-buzz à l’époque, et Capcom s’était excusé, et n’a surtout jamais recommencé.

3. Les achats compulsifs inutiles

Je vous en avais déjà parlé dans un autre édito, mais s’il y a bien quelque chose qui m’échappe complètement depuis quelques années est que les joueurs puissent acheter des skins et autres packs de customisation dans les jeux vidéo multijoueur. A quoi cela sert-il, à part convaincre les éditeurs de mettre moins de contenu mais plus d’achats compulsifs pour faire des bénéfices ?

En bref, tant que les joueurs et joueuses achèteront ce genre de contenus dispensables, il ne faudra pas s’attendre à un revirement de situation. Pourquoi développer une extension solo pour GTA 5 alors que GTA Online fait dépenser des dizaines d’euros aux joueurs et aux joueuses ?

Anthem, le jeu service qui ne s’est jamais mis à jour !

4. Les Games as Service qui se moquent de vous

Sur ces dernières années, la tendance que je vois est clairement l’abandon du modèle classique des jeux multijoueur. Adieu les DLC et Season Pass, et bonjour microtransactions, lootboxes et contenus « gratuits » qui arrivent via des mises à jour. L’intérêt des éditeurs et développeurs ? Conserver le plus longtemps possible les joueurs sur un titre en particulier, en les faisant revenir à chaque nouvelle « saison ». Fortnite, Call of Duty: Modern Warfare, Battlefield, PUBG, et bientôt Halo: Infinite, la mode est clairement au « jeu service ».

Vous semblez toutes et tous assez réticents vis-à-vis de ce modèle économique, ayant compris que mises à jour gratuites ne rimait pas forcément avec contenu plus généreux. Des douches froides comme Anthem et Ghost Recon: Breakpoint semblent avoir rendu frileux les joueurs… à juste titre !

5. Le cas des précommandes

A nouveau, je vous ai déjà longuement parlé des précommandes dans cet édito. Si le sujet vous intéresse, je vous invite donc à le consulter pour en savoir plus sur l’aberration des précommandes à tout-va.

6. Le dématérialisé et ses conséquences

Depuis la nuit des temps, un jeu vidéo peut être revendu ou acheté en occasion quand il est sur un support physique. Mais les éditeurs et les développeurs ne gagnant pas un seul centime sur ce marché, la volonté d’emprisonner son marché avec des ventes digitales a pris le pas. En 2020 (la pandémie de COVID aidant), Sony déclarait il y a quelques jours avoir vendu plus de la moitié des jeux en digital.

Que se passera-t-il si les joueurs et les joueuses n’achètent plus du tout de jeux physiques ? La disparition du marché de l’occasion, comme sur PC où il est impossible de revendre des jeux Steam, Origin, uPlay, Epic Store etc.

Pour être franc avec vous, je ne comprends toujours pas comment on peut privilégier des achats sur le PlayStation Store, Nintendo eShop ou le Store Xbox pour les jeux qui viennent de sortir, alors que ceux-ci sont affichés à 70€ pour les AAA. Amazon ou les grandes surfaces les proposant à parfois moins de 50€, je ne comprends pas vraiment cela, d’autant plus qu’il est inutile de précommander un jeu en boutique digitale, la notion de stock n’existant pas par ce biais de diffusion.

Même réflexion pour les portages Wii U sur Nintendo Switch, qui affichent le prix maximal pour des ajouts souvent anecdotiques. Le recyclage a encore de beaux jours devant lui !

Une nouvelle tentative de PlayStation pour imposer une console sans lecteur

7. La « révolution » des abonnements à la Netflix

Xbox Game Pass & PS Now

En cette année 2020, Microsoft semble n’avoir qu’une seule et unique idée en tête : transformer sa branche Xbox en fournisseur de service. Devenir le Netflix des jeux vidéo fait fantasmer un Microsoft prêt à tout pour imposer sa vision du gaming. En substance, cette formule peut faire rêver les joueurs, en faisant miroiter un aspect « gaming illimité » pour deux francs six sous, voire même la possibilité de jouer « gratuitement ».

Si c’est gratuit, c’est toi le produit !

Vous connaissez l’adage : « Si c’est gratuit, c’est toi le produit » ? En souhaitant se réinventer en Xbox Game Pass, la branche Xbox montre pourtant déjà des signes de transformations profondes avec la sortie de jeux vidéo « service » qui ont pour vocation la rétention des abonnés : Sea of Thieves, Grounded et prochainement Halo: Infinite qui a pour projet de vivre pendant 10 ans (coucou Destiny !). De son côté, Sony ne mise pas tout sur les services, mais le PS Now peut prêt à n’importe quel moment pour emboîter le pas sur le Game Pass, avec un fonctionnement similaire.

Abonnements = jeux en kit ?

Si les abonnements gaming se généralisent dans le futur en devant le mode de consommation N°1 des joueurs et des joueuses, il ne fait aucun doute que nous verrons une démultiplication des jeux service et autres titres « en kit » au détriment de productions plus conventionnelles, mais surtout, à mon sens, plus respectueuses des joueurs et joueuses.

Il nous paraît également assez délicat d’envisager la mise en production des jeux vidéo « AAA » si les abonnements ne sont que les seules sources de revenus des éditeurs et constructeurs. Comment rémunérer les éditeurs et développeurs ? Au nombre d’heures jouées par les joueurs ? Au nombre de téléchargement ? La publicité arrivera-t-elle dans les jeux pour fournir plus de budgets ? Les microtransactions exploseront-elles ? Une vision d’horreur du monde du gaming qui serait obliger de changer drastiquement pour coller aux standards de cette nouvelle distribution qui nous fait tout sauf rêver. Même Google, avec son Stadia fantomatique, n’a pas opté pour un système par abonnement pur et dur.

Le fast-food du jeu vidéo

L’argument N°1 pour le Game Pass et le PS Now ? Un prix d’abonnement défiant toute concurrence qui permet de jouer à énormément de jeux vidéo pour pas cher. Un fantasme que beaucoup de joueurs et de joueuses peuvent actuellement assouvir, puisque les offres de Sony et Microsoft sont très alléchantes pour le moment.

Et pourtant, malgré la générosité de l’offre, je ne vous cache pas mon désamour pour ce genre de service qui me fait le même effet qu’un fast-food : on a autant envie d’en manger quand on a faim qu’on a envie de le rendre quand on a le ventre explosé.

Un jeu vidéo, ce n’est, à mon goût, pas du tout comparable à une série ou à un film. Du fait de son implication par le gameplay, un jeu vidéo nous garde, s’il est bon, plus longtemps dans son univers qu’un film ou une série (pour un épisode). Il me semble surtout qu’en offrant trop de choix, les joueurs et joueuses se perdent un peu et finissent par goûter à beaucoup de titres sans jamais vraiment s’investir à fond dedans. Je serais assez curieux de connaître le taux horaire d’utilisation des jeux avec et sans abonnement.

Malgré tout, les offres variées de ces services permettent d’essayer des titres que certains profils de gamers n’auraient jamais acheté, même si les jeux présents accusent souvent une ou plusieurs années de vie. Choisir un jeu, se renseigner sur ses qualités et défauts et profiter de son achat sont des valeurs que je ne pourrai pas abandonnées, me concernant. Et surtout, ne pas être propriétaire de mon achat m’est tout simplement impossible, puisque tous ces services ne sont que de la location de jeux.

L’illusion du gratuit pour vous emprisonner

Pour l’heure, les joueurs voient surtout dans ces services un moyen de jouer pas cher. J’y vois surtout une tentative en or pour les éditeurs et constructeurs d’arriver à leur fin : tenter de vous garder à tout prix dans un écosystème fermé tout en tuant totalement le marché de l’occasion et en dépossédant les joueurs de leurs achats.

Je reproche aujourd’hui beaucoup à certains joueurs et certaines joueuses de ne pas voir plus loin que le bout de leur nez. Certes, ces abonnements sont assez charmants aujourd’hui, mais ils bouleverseront dramatiquement l’industrie des jeux vidéo s’ils s’imposent massivement d’ici quelques années.

Les abonnements uPlay, EA Access etc.

Souhaitant eux aussi tirer leur épingle du jeu, Ubisoft et Electronic Arts ont lancé il y a quelque temps uPlay + et le Origin Access, permettant via des abonnements mensuels de jouer de manière illimitée aux jeux de leur catalogue. Plus intimistes, ces abonnements ne font pas beaucoup parler d’eux, sans livrer de chiffres côté abonnés.

Quel futur voulez-vous pour les jeux vidéo ?

Ce que je constate depuis la création de Playerone.tv en 2009 ? Que les joueurs et les joueuses dépensent souvent très mal leur argent quand on parle de gaming, mais surtout, qu’ils se laissent embarquer dans des mauvais plans sans s’exprimer suffisamment. Si le cas des abonnements à la Game Pass / PS Now est encore trop jeune pour être vraiment analysé en profondeur, nous regrettons que des abus ne soient pas plus sanctionner par un non-achat.

Que l’on parle d’augmentation des prix des abonnements en ligne, des jeux sortant avec un contenu rachitique, des skins et autres déceptions du gaming, je trouve vraiment dommage que les joueurs ne sachent pas suffisamment taper sur les éditeurs, développeurs et constructeurs en ne renouvellant pas un achat.

Je sens aujourd’hui l’industrie des jeux vidéo à un véritable tournant, où le marché semble être suffisamment juteux pour que les acteurs du gaming puissent se réinventer. A vous de voir quel avenir vous souhaitez pour votre loisir favori, en plaçant vos euros là où cela vous semblera le plus proche de vos attentes pour les années à venir. Le futur se joue maintenant !

  • Sadako

    Journaliste gaming et high-tech depuis 2009, je suis "Vanlifer" depuis 2021, dans mon camping-car équipé pour travailler sur les routes tout comme pour profiter de bons moments de détente !

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